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SÉRIE DE QUESTIONS POUR PROFESSIONNELS
La période périnatale (de la grossesse jusqu’à un an après l’accouchement) est une période de vulnérabilité psychique majeure. Elle peut révéler ou aggraver des troubles psychiatriques préexistants. Une attention particulière doit donc être portée au repérage précoce des troubles afin d’éviter une aggravation et de favoriser une prise en charge adaptée dès les premiers signes.
Facteurs de risque de troubles psychiatriques périnatals
Il est essentiel d’identifier les facteurs de risque pour mieux cibler le dépistage :
- Facteurs personnels : antécédents de troubles psychiatriques personnels ou familiaux, baby blues sévère, manque de sommeil, isolement…
- Facteurs environnementaux : précarité, isolement social, événements de vie stressants (deuil, séparation, déménagement), violences conjugales…
- Facteurs liés à la grossesse et à l’accouchement : grossesse non désirée, complications obstétricales, accouchement traumatique, naissance multiple, deuil périnatal…
Troubles psychiatriques les plus fréquents
– Le baby blues
Présent chez environ 80 % des femmes ayant accouchées, le baby blues survient entre le 2e et le 4e jour après l’accouchement. Il se caractérise par de la tristesse, de l’irritabilité, des pleurs fréquents, des troubles du sommeil et une grande fatigue. Il disparaît généralement en quelques jours sans traitement spécifique.
– La dépression périnatale
Elle peut concerner jusqu’à 20 % des mères et 10 % des pères. Elle survient durant la grossesse ou dans l’année qui suit l’accouchement, avec des pics fréquents entre 2-4 mois et 6-9 mois post-partum.
Chez la mère, les symptômes incluent tristesse persistante, pleurs incontrôlables, irritabilité, fatigue intense, troubles du sommeil et de l’appétit, anxiété, sentiment de culpabilité, désintérêt ou inquiétude excessive pour le bébé, idées suicidaires et ils sont présents presque tous les jours pendant au moins 2 semaines.
Chez le père, elle peut s’exprimer par de l’irritabilité, une tendance à l’isolement, une augmentation de la consommation de substances (alcool, drogues), une fatigue marquée, voire des comportements violents.
* Le suicide est la première cause de mortalité maternelle en France en post-partum, avec une prévalence estimée à 17 %. Il est indispensable d’évaluer systématiquement le risque suicidaire.
Un numéro d’écoute national, le 3114, est disponible dans toute la France avec des professionnels formés à la prévention du suicide.
– La psychose puerpérale
Rare mais grave, elle touche 1 à 2 femmes ayant accouchées sur 1000 avec ou sans antécédents psychiatriques. Elle débute souvent dans les deux premières semaines post-partum. Elle se manifeste par des idées délirantes, une désorganisation du discours, une agitation, parfois des épisodes dépressifs ou maniaques. C’est une urgence psychiatrique qui nécessite souvent une hospitalisation, en unité mère-bébé si possible.
Une évaluation médicale doit systématiquement rechercher une cause organique.
– Les troubles anxieux
Bien que l’anxiété soit fréquente durant la période périnatale, un trouble anxieux pathologique peut se développer : trouble panique, anxiété généralisée, phobie, TOC.
Un état de stress post-traumatique peut également survenir, notamment après un accouchement vécu comme traumatique ou en cas de réactivation d’un traumatisme antérieur.
– La décompensation de troubles psychiatriques préexistants
• Trouble bipolaire : risque de rechute de 25 % pendant la grossesse, pouvant atteindre 52 % en post-partum.
• Schizophrénie : risque de décompensation de 10 % pendant la grossesse, jusqu’à 30 % en post-partum.
Une surveillance étroite et une coordination pluridisciplinaire sont indispensables dans ces situations.
Reférences :
Soutenir la santé psychique des futurs parents. Informations et recommandations pour les professionnels ·l·es, Promotion Santé Suisse, 2021.
Enquête nationale périnatale, Rapport 2021, 2022.
Dépression paternelle du post-partum : revue de la littérature, Gressier F. & al., 2015.
ENCMM 2016-2018
Viguera et Al., 2011; Marsh et Al, 2012
Parler de santé mentale en périnatalité est essentiel, mais cela demande tact, bienveillance et professionnalisme. De nombreuses femmes peuvent se sentir honteuses, coupables ou inquiètes à l’idée d’exprimer un mal-être psychologique, notamment par peur d’être jugées ou de voir leur compétence parentale remise en question
Intégrer la santé mentale dans le suivi global
La meilleure manière de déstigmatiser est d’en parler de façon naturelle et systématique, comme on aborde la tension artérielle ou l’allaitement. Cela permet à la patiente de comprendre que le mal-être psychique est fréquent, normalisé et pris en charge.
Prendre le temps et poser les bonnes questions
Poser des questions ouvertes et empathiques facilite l’expression d’un mal-être sans se sentir interrogée ni jugée.
Des questionnaires validés, comme l’Échelle d’Édimbourg (EPDS), peuvent être introduits naturellement pour ouvrir la discussion. Ces outils servent moins à “étiqueter” qu’à faciliter l’expression des émotions.
Repérer sans imposer
Si la patiente ne se sent pas prête à parler ou à être orientée, il est important de respecter son rythme tout en gardant le lien et en lui proposant un espace d’échange ultérieur.
Prendre en compte le partenaire et l’environnement familial
La souffrance psychique en période périnatale ne concerne pas uniquement la patiente, mais peut affecter l’ensemble de son entourage. Inclure le ou la partenaire, ainsi que l’environnement familial (enfants, proches aidants), dans l’évaluation permet :
- De mieux comprendre le contexte global dans lequel évolue la patiente,
- De repérer d’éventuelles souffrances partagées, notamment chez le partenaire ou les autres enfants,
- D’identifier des leviers concrets de soutien ou d’amélioration (organisation du quotidien, relais familiaux ou sociaux, interventions à domicile, etc.).
Cette approche systémique favorise une prise en charge plus ajustée, en tenant compte des ressources et des vulnérabilités propres à chaque situation.
Le repérage précoce des troubles psychiques pendant la grossesse et après l’accouchement repose sur l’écoute clinique, mais peut être renforcé par des outils standardisés validés. Ces échelles permettent d’objectiver la souffrance, de faciliter le dialogue avec la patiente et d’orienter vers une prise en charge adaptée.
L’Échelle d’Édimbourg (EPDS – Edinburgh Postnatal Depression Scale) : Outil le plus utilisé et validé internationalement pour le repérage de la dépression périnatale.
10 questions auto-administrées, ciblant l’humeur, l’anxiété, la culpabilité et les pensées suicidaires.
Peut être utilisée pendant la grossesse et jusqu’à un an après l’accouchement.
Un score ≥ 11 suggère une détresse significative ; un score ≥ 13 nécessite une évaluation plus approfondie.
Lien : PDF français + https://postpartale-depression.ch/fr/aide/questionnaire.html
Le GAD-7 (Generalized Anxiety Disorder Scale) : Permet d’évaluer l’intensité de l’anxiété généralisée. 7 items, facile à administrer, utilisable pendant la grossesse et le post-partum.
Lien : https://medfam.umontreal.ca/wp-content/uploads/sites/16/GAD-7-fran%C3%A7ais.pdf
PCL-5 (Post-traumatic Checklist) : pour évaluer un état de stress post-traumatique, en particulier après un accouchement traumatique.
Lien : https://www.ifemdr.fr/wp-content/uploads/2021/09/pcl-5-questionnaire-francais.pdf
L’évaluation du lien parent-bébé fait partie intégrante de l’évaluation psychique globale en période périnatale.
Observer les interactions précoces permet non seulement de repérer d’éventuelles difficultés relationnelles, mais aussi d’identifier une souffrance psychique sous-jacente chez le parent. Dans certains cas, le trouble du lien est la première manifestation visible d’un mal-être plus profond, comme une dépression, une anxiété ou un trouble de l’attachement.
Cette approche relationnelle constitue donc une porte d’entrée précieuse pour le dépistage et l’orientation vers une prise en charge adaptée.
Tout professionnel en contact avec une femme enceinte ou en post-partum doit être attentif à sa santé psychique, quelle que soit sa spécialité. La vigilance de chaque acteur permet un repérage précoce et un accès plus fluide aux soins.
Mais il est également important de rappeler que les professionnels en lien avec les nourrissons peuvent eux aussi jouer un rôle clé dans le repérage précoce.
En observant le développement du bébé et la qualité du lien parent-enfant, ils peuvent détecter des signes indirects de souffrance psychique parentale.
Ces observations constituent souvent une porte d’entrée vers une évaluation psychique plus globale et permettent d’engager une orientation adaptée sans stigmatiser ni brusquer.
Une évaluation initiale par le professionnel de premier recours
Lorsqu’un mal-être est exprimé ou suspecté, il convient d’évaluer la nature des symptômes, leur intensité, leur retentissement sur la vie quotidienne et la demande de la patiente.
Il est essentiel de respecter le rythme de la mère et/ou du co parent tout en lui offrant une orientation adaptée, en cohérence avec ses besoins et sa situation.
Une gradation des soins à avoir en tête
Pour éviter la dispersion des prises en charge et assurer la continuité des soins, il est recommandé d’adopter une approche graduée et coordonnée :
– Symptômes légers à modérés :
Orientation possible vers un psychologue de maternité, un psychologue libéral, un médecin généraliste ou une sage-femme.
Si la patiente est déjà suivie par un psychiatre il convient de reprendre contact avec ce professionnel, qui connaît son histoire clinique et pourra ajuster la prise en charge.
Une orientation vers le CMP (centre médico-psychologique) ou un psychiatre libéral est possible en deuxième intention si la symptomatologie persiste ou s’aggrave.
– Symptômes modérés à sévères et/ou trouble de l’interaction avec le bébé, notamment en cas de dépression périnatale, idées suicidaires, anxiété majeure, trouble psychotique, antécédents psychiatriques lourds : une orientation vers un psychiatre libéral ou en CMP est recommandée avec un accompagnement par les équipes spécialisées en psychiatrie périnatale quand cela est possible.
– En cas d’urgence psychiatrique, à savoir si la patiente présente un risque suicidaire important, un état d’agitation aiguë, ou une décompensation psychiatrique sévère, une orientation vers les urgences psychiatriques est nécessaire.
L’hospitalisation peut être envisagée, idéalement dans une unité mère-bébé si l’état clinique le permet, afin de préserver le lien mère-enfant tout en garantissant la sécurité.
Les ressources spécialisées en psychiatrie périnatale
Ces dispositifs, présents dans la plupart des territoires, proposent une prise en charge globale et pluridisciplinaire adaptée à l’intensité des troubles : consultations psychiatriques ambulatoires, visites à domicile, hôpitaux de jour mère-bébé, suivis coordonnés avec les maternités, PMI, CMP et services sociaux.
*Les délais d’accès aux soins peuvent être variables selon les régions. Il est utile de recenser en amont les structures locales de santé mentale périnatale pour fluidifier les orientations.
*Lien : https://www.reseauperinatmed.fr/Offre-soin-psyperinatalite-Region-PACA,1660.html
Traditionnellement, la grossesse était perçue comme une période de répit pour les troubles psychiques, mais cette perception a évolué. Aujourd’hui, il est reconnu que le risque de rechute d’un trouble psychique peut persister ou même augmenter pendant cette période. Il est donc essentiel de maintenir un traitement adapté pour garantir le bien-être de la future mère et de l’enfant.
Pour les femmes ayant un projet de grossesse et souffrant de troubles psychiques nécessitant un traitement, des consultations préconceptionnelles sont fortement recommandées. Ces consultations permettent d’évaluer la situation de la patiente, d’ajuster les traitements en cours et de préparer au mieux le projet de grossesse. L’objectif est de trouver un équilibre entre la gestion des symptômes et la sécurité pour le développement du fœtus.
Il est également important de suivre certaines règles de prescription lors de cette période délicate, tout en prenant en compte le contexte clinique de la future mère. Quand cela est possible, il est conseillé de privilégier une monothérapie et d’administrer la dose minimale efficace. De plus, il est crucial d’adapter la posologie en fonction des changements physiologiques qui peuvent survenir pendant la grossesse et de surveiller les traitements, si possible, avant et tout au long de la grossesse.
En cas d’allaitement, il est pertinent de solliciter l’avis d’un pédiatre afin adapter au mieux les modalités de traitement pour la maman et de sécuriser le suivi du bébé
Enfin, la prise de décision concernant le traitement doit être un processus collaboratif. Il est essentiel que la patiente, en accord avec son coparent, participe activement à cette décision. Cela garantit que les choix faits sont en adéquation avec leurs besoins et leurs valeurs, tout en tenant compte des recommandations médicales.Une référence pratique et facile d’accès pour vérifier la compatibilité des traitements pendant la grossesse et l’allaitement est le site du CRAT (Centre de Référence sur les Agents Tératogènes), régulièrement mis à jour et librement accessible aux professionnels de santé comme aux patients.
*Lien https://www.lecrat.fr/

Référence :
1) H. Bottemanne 2023 Guide de prescription psychiatrique pendant la grossesse, le postpartum et l’allaitementA guide to psychiatric prescribing in pregnancy, postpartum and breastfeeding
2) Belzeaux 2023 French Society for Biological Psychiatry and Neuropsychopharmacology and French-speaking Marcé Society guidelines for the management of mood disorders in women before, during, and after pregnancy
3) CRAT : https://www.lecrat.fr/
4) Drugs and Lactation Database (LactMed®) https://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK501922/